Le duo genevois du hockey féminin
“On est une espèce rare dans cette équipe”
Auteur : Sylvain Bolt
Deux Genevoises porteront le maillot à croix blanche de l’équipe de Suisse féminine de hockey sur glace à Milan: Laure Mériguet (17 ans) et Kaleigh Quennec (27 ans). Interview croisée entre la benjamine de la délégation suisse, défenseure au sein des M18 masculins du Genève-Servette et l’attaquante expérimentée, championne de Suisse avec le CP Berne féminin la saison passée.
Laure et Kaleigh, racontez-nous vos débuts sur la glace…
Kaleigh: Je jouais aussi au football et je faisais partie du Team Vaud, mais vers 13 ans j’ai dû choisir le hockey car je ne pouvais pas concilier sport-études et ces deux sports. Vu que mon père (ndlr: Hugh Quennec) était président du Genève-Servette hockey club, ça m’a un peu influencé à intégrer le mouvement junior du GSHC. A Coppet, la patinoire était praticable trois mois pendant l’hiver, j’y jouais pour le plaisir, sans autres ambitions à mes débuts.
Laure: Moi, j’habite juste derrière la patinoire de Sous-Moulin, mon frère a commencé à faire du hockey avec un voisin, je les regardais jouer devant chez moi et ça m’a donné envie de les rejoindre. J’ai franchi le pas et je n’ai jamais arrêté.
Le hockey féminin est encore très confidentiel en Suisse. Que faut-il faire pour qu’il vive un “boom”, à l’image du football féminin?
Kaleigh: Il faut davantage de médiatisation, mais aussi des investisseurs qui croient en notre sport, au sport féminin de manière générale. Qu’ils soient prêts à prendre un risque les deux ou trois premières années. On l’a vu avec le football féminin et l’Euro en Suisse, ça peut vite prendre de l’ampleur. Outre-Atlantique ou en Suède, ce sport s’est déjà énormément développé par exemple. J’espère que la Suisse va suivre ce mouvement. Car notre réalité, c’est que la grande majorité des joueuses suisses travaillent ou étudient.
Laure: Et vu qu’il n’y a pas assez de jeunes hockeyeuses, on doit jouer avec les garçons, ce qui est sympa en soit, mais ça atteint ses limites aussi. Beaucoup de talents quittent la Suisse pour rejoindre des équipes universitaires en Amérique du nord. Ici, les infrastructures ne sont pas faites pour les hockeyeuses, il n’y a par exemple pas de vestiaire pour les filles au sein du mouvement junior. Du coup, on squatte le vestiaire des arbitres, mais il m’est arrivé de devoir me changer devant le vestiaire adverse…
Kaleigh: J’ai vécu cela dix ans avant toi au GSHC. Ce n’est pas une critique contre le club ou le mouvement junior, c’est la simple réalité du hockey féminin en Suisse. C’est pareil dans tout le pays. C’est l’une des raisons qui m’a poussé à rejoindre une équipe universitaire à Montréal, afin de pouvoir aussi concilier mes études et le hockey au niveau élite. Avec Laure, on échange pas mal là-dessus, j’essaie de lui donner une idée de ce à quoi un tel parcours peut ressembler. Mais chacune trace sa propre voie.
La première équipe féminine du GSHC évolue en troisième division. Ce manque de perspectives peut-il être un frein pour des jeunes joueuses à Genève?
Laure: Oui, car jouer en troisième division n’est pas forcément mon objectif. Donc il va falloir aller voir ailleurs. Là, j’ai la chance de pouvoir jouer avec les garçons encore deux ans et j’en profite. Mais après, comme Kaleigh, j’aimerais bien pouvoir partir en Amérique du Nord.
Un record de 4997 spectateurs a récemment été battu pour un match de hockey féminin en Suisse, entre les ZSC Lions et Zoug. C’est un signal que cela commence à bouger dans le pays?
Kaleigh: Ce genre d’initiative (ndlr: un Family Day a été organisé le 23 janvier dernier lors du choc zurichois) est bénéfique pour le développement de notre sport. Les clubs et les managers doivent pousser pour attirer l’attention sur notre championnat. A Zoug, il y a régulièrement 1’000 spectateurs aux matchs pendant la saison régulière, c’est déjà un pas dans la bonne direction, mais le potentiel reste immense. Notre jeu est différent de celui des hommes mais il est tout aussi excitant et chouette à suivre.
Depuis cette saison, les charges sont autorisées dans le championnat de Suisse féminin. Que pensez-vous de cette évolution?
Laure: Avec les gars, c’est hyper physique, ça me permet d’amener cette intensité au sein de l’équipe nationale féminine. Pour moi, c’est positif d’autoriser les charges chez les femmes…
Kaleigh: Cette décision ne peut que contribuer à rendre notre sport encore plus attrayant et excitant à regarder. Il y a encore des adaptations à faire au niveau des joueuses et du corps arbitral, car c’est tout nouveau. Mais il n’y aucune raison de ne pas donner ou recevoir des charges dans le sport féminin.
“Jouer avec Kaleigh et disputer les JO, c’est incroyable!”
(Laure Mériguet)
Laure, vous avez les anneaux olympiques vernis sur vos ongles. Vous êtes déjà prête pour votre baptême olympique…
Laure: (Elle sourit). Oui, clairement! J’étais devant la télévision lors de la médaille de bronze en 2014, j’avais 5 ans. Et j’ai bien sûr aussi suivi plus attentivement le tournoi olympique féminin il y a quatre ans, avec Kaleigh dans l’équipe.
En tant que première Genevoise en équipe de Suisse, Kaleigh a-t-elle été une source d’inspiration?
Laure: Elle l’est depuis que je suis petite, c’était la seule romande en équipe nationale. Donc forcément, je la suivais. J’avais même pris une photo avec elle, j’étais fan! Et quand je la croisais sur la glace à Genève, avec l’équipe U16 du GSHC, je parlais avec elle. Donc jouer avec Kaleigh et disputer les Jeux olympiques, c’est quelque chose d’incroyable! C’est en quelque sorte ma grande sœur, elle m’aide beaucoup au niveau de l’allemand et me donne des conseils en dehors de la glace aussi. C’est vraiment une chance d’avoir quelqu’un qui peut te rassurer, t’écouter, t’aider quand tu es un peu moins sereine.
Kaleigh: Moi, ça me plaît d’avoir ce rôle de modèle ou de grande sœur, j’essaie d’apporter un peu de mon expérience à des joueuses plus jeunes de l’équipe comme Laure. Je suis aussi passée par là, ce n’est pas facile de débarquer dans une équipe où plusieurs joueuses se connaissent très bien. Donc c’est important de pouvoir intégrer au mieux les nouvelles joueuses, qu’elles se sentent en confiance dans le groupe. C’est cette alchimie entre nous toutes, cette confiance individuelle de chacune, qui va permettre à notre équipe de réussir de belles choses sur la glace.
Intégrer de jeunes joueuses comme Laure lors d’un grand événement, c’est une bonne chose pour le développement du hockey féminin suisse?
Kaleigh: Oui, je suis super contente et fière que Laure m’a rejoint au sein de l’équipe nationale. Son travail a porté ses fruits et c’est vraiment cool de pouvoir être entre Romandes et Genevoises, car on est une espèce rare dans cette équipe (elle sourit). On a suivi le même parcours à nos débuts, même si elle évolue en U18 avec les garçons et a donc franchi encore un palier supplémentaire. Elle amène ce côté physique et cette vitesse. L’année passée, elle a déjà disputé les Mondiaux avec nous et elle a prouvé qu’elle méritait sa place ici!
Après votre quatrième place de Pékin 2022, on imagine qu’un sentiment de revanche anime cette équipe avant d’aborder les JO de Milan-Cortina 2026?
Kaleigh: C’est sûr! On a quitté le tournoi sur une note amère, même si avec le recul j’étais fière d’avoir réussi cet exploit et d’avoir représenté Genève aux JO. Là, on est toutes arrivées vraiment motivées au camp d’entraînement pré-olympique, avec l’idée de construire une équipe où les joueuses se sentent à l’aise sur la glace et dans le vestiaire. Qu’on tire toutes sur la même corde et qu’on se batte toutes pour le même objectif: tenter de décrocher le bronze olympique!
Laure: Oui, décrocher cette médaille, c’est notre objectif, on va vraiment tout donner pour ça!
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